María Zambrano et La tombe d'Antigone : théâtre et philosophie

Résumé : María Zambrano, philosophe espagnole, exilée pendant la dictature de Franco, a choisi de reprendre la pièce de Sophocle en explorant la figure d'Antigone dans le laps de temps que Sophocle ne met pas en scène, celui qui se situe après sa condamnation, en situant donc le dialogue dans un temps dont le spectateur de la tragédie grecque avait été privé : celui durant lequel Antigone, condamnée à être enterrée vivante par Créon, décide finalement, chez Sophocle, de se donner la mort. Mais l'auteure espagnole corrige ce qu'elle considère comme une erreur de la tragédie sophocléenne en remplaçant le suicide de la jeune soeur par une dormition. C'est donc entre le moment où Antigone est emmenée dans les geôles de Créon et la dormition que se situe l'action (ou non-action) de la pièce zambranienne. Celle-ci met en scène une métamorphose d'Antigone, un personnage qui a traversé toute l'oeuvre philosophique de Zambrano : victime de la tyrannie de Créon, enterrée vivante à cause de l'amour qu'elle porte à son frère, elle devient finalement une héroïne tragique qui assume pleinement le sacrifice auquel elle doit se soumettre : elle est au fond l'agneau sacrificiel qui, par son sacrifice, ouvre la porte d'un « Monde Nouveau » fondé sur l'amour et la pitié envers le prochain, piliers de la « Nouvelle Loi ». Seule pièce de théâtre de Zambrano, le texte est singulièrement atypique, totalement hybride : composé d'un long prologue de l'auteur, puis d'une pièce de théâtre assez déroutante, structurée en douze scènes dont plusieurs monologues, et enfin suivie de divers textes sur le personnage tragique, dont l'un s'intitule « Délire d'Antigone », il est purement inclassable. Enfin, soulignons qu'au cours des douze scènes de la pièce, plusieurs personnages se présentent devant Antigone qui ne quitte pas l'espace des Enfers auxquels l'a assignée Créon : OEdipe, Ana sa nourrice, la Harpie, ses deux frères, Hémon, Créon puis deux inconnus. Les cinq autres scènes sont des monologues, dont les trois premiers sont placés au commencement. Ainsi, la solitude initiale d'Antigone est progressivement peuplée 1 Nous employons « reprendre » car il ne s'agit pas à proprement parler de réécrire. Disons que Zambrano « reprend » Antigone là où Sophocle l'avait laissée.
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Amélie Adde. María Zambrano et La tombe d'Antigone : théâtre et philosophie. Travaux & documents, Université de La Réunion, Faculté des lettres et des sciences humaines, 2015, Journées de l'Antiquité et des Temps anciens 2014-2015, pp.227-240. ⟨hal-01871918⟩

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