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Conference papers

Mener une recherche en terrain « sensible » : « ficelles » méthodologiques et réflexivité à partir des expériences de soi

Abstract : La science fonctionne avec des normes, des pratiques sociales. Elle s’appuie sur un ensemble de procédures et de postures qui permettent de « conduire la recherche en sciences sociales » (Becker, 2002) et de saisir la réalité sociale. Certains travaux (Berger, Luckmann, 1996 ; Watzlawick, 1978) insistent sur le fait que la réalité sociale relève d’une construction et cette dernière étant elle-même déterminée par le rapport du chercheur au terrain, à son environnement de travail et au contexte sociopolitique. Ce dernier a des répercussions sur le travail de recherches. La question de terrain « sensible » est corrélée à celle des « obstacles épistémologiques » (Bachelard, 1938) que le chercheur doit contourner, voire résoudre dans sa relation liée à son champ d’étude ou à son terrain. Ces questionnements invitent à des démarches spécifiques, quelque fois à équidistance de l’orthodoxie de la recherche scientifique, et peuvent favoriser ainsi une plus grande subjectivité. Le travail de recherche revêt une dimension sociale qui s’inscrit dans la « praxis » (Miège et Pailliart, 2007). La question du rapport au terrain requiert la mise en place des démarches particulières. En effet, aborder le terrain de recherches dépend des lieux, des contextes et contraintes quelles soient sociales, politiques ou administratives, de la valeur accordée à la science et de la manière dont les imaginaires sociaux appréhendent l’activité scientifique. En Afrique en général et au Cameroun plus précisément, la dominance est marquée par des pratiques politiques autoritaires qui ont des incidences sur tout le corps social, notamment le monde de la recherche. Pour les scientifiques, le terrain » camerounais est considéré comme « sensible ». Ce milieu de recherche fragile se définit et s’explique à partir des pesanteurs sociales et politiques qui peuvent être rédhibitoires aux avancées de recherches ou encore au chercheur lui-même. Un environnement souvent marqué par de vraies apories d’accès aux données y compris celles officielles, et à des jugements de valeurs sur l’identité du chercheur. Le questionnement au cœur de ce travail se présente comme suit : comment le « terrain » peut et doit être abordé ? À partir de quelles postures réflexives et démarches le chercheur appréhende-t-il son champ d’action sans avoir à le dénaturer ? Le matériau de cette communication repose sur des récits de terrain (Ricœur, 1983, 1984, 1985). Le contenu d’un récit de vie exprime le point de vue du locuteur face à ce qu’il se remémore des différentes situations qu’il a vécues (Houle, 1986). Ce travail explore la problématique des (re)figurations de soi (Atenga, 2013, p. 7) et s’inscrit dans la filiation de la pensée auto-réflexive des pratiques de recherche. Il s’agit du regard analytique et distancié des expériences de soi, à partir de nos propres travaux scientifiques. Cette recherche aboutit à des résultats contrastés. D’abord, enquêter en terrain « sensible » implique des démarches spécifiques afin de contourner les écueils. La collecte de données souvent marquée du sceau du secret, l’accès au terrain relativement à la réticence des enquêtés ou la suspicion des enquêteurs (Kojoue, 2017, p. 11) peuvent en effet se faire par le biais des acteurs « intermédiaires ». C’est la première thèse que développe cette contribution. Le recours à l’éclectisme méthodologique s’avère être une démarche pertinente pour appréhender le réel et le monde social dans leur complexité. Cette modalité permet également de faire face à la « falsification préférentielle » (Kuran, 1997) qui s’illustre souvent à travers un double discours pas forcément congruent. Car entre le déclaratif et le non déclaratif, il revient au chercheur de saisir ce qui fait sens. Les enquêtés peuvent, dans certains cas, s’inscrire dans une logique de se produire avec le risque que les résultats soient biaisés. C’est la deuxième idée force de cette proposition. Enfin, la troisième vient concevoir la posture de chercheur comme une pratique mouvante. Cette adaptabilité en fonction du contexte, des conjonctures et enjeux a pour finalité d’atténuer les effets de la portée objective de la recherche scientifique. Le rapport au terrain pose en filigrane des questions d’ordre éthique conséquemment aux procédures et aux réalités de collecte de données.
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https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03464699
Contributor : SIMON NGONO Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Friday, December 3, 2021 - 1:47:04 PM
Last modification on : Saturday, December 4, 2021 - 3:47:07 AM

Identifiers

  • HAL Id : hal-03464699, version 1

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Citation

Simon Ngono. Mener une recherche en terrain « sensible » : « ficelles » méthodologiques et réflexivité à partir des expériences de soi. Légitimité et conditions sociales du chercheur, Laboratoire de recherche sur les espaces créoles et francophones (LCF), Dec 2021, Saint-Denis de La Réunion, France. ⟨hal-03464699⟩

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