L’exaltation de Joven dans l’ancienne lyrique d’Oc : le sobreplus romanesque (Flamenca)

Résumé : En domaine d'oïl, la jeunesse n'est pas nécessairement une valeur. Ni un atout pour qui la possède. D'ordinaire, on se moque de la naïveté, des propos et comportements excessifs, impétueux ou sots attachés à cet âge. Chrétien de Troyes donne à rire de la niceté de Perceval au début du Conte du Graal ; dans Le Roman de la Rose, Jean de Meun tire de la fauconnerie une expression imagée pour qualifier la niaiserie et l'inexpérience des jeunes gens : Bien fet qui jennes genz conseille […]. / Car vos avez trop le bec jaune (vv. 12781-84). Certes, la jeunesse a connu un traitement littéraire dans le Nord : il existait une variété de chansons de geste appelée « Enfances » (au pluriel), spécialement consacrée aux exploits d'un jeune guerrier tout juste adoubé et en quête de réputation (Enfances Ogier, Enfances Vivien, Enfances Guillaume…) ; dans les romans de chevalerie, les « enfances » du héros n'étaient pas non plus oubliées (voir Jehan et Blonde, Le Bel Inconnu, Sone de Nansay…). Mais, dans l'un et l'autre cas, c'est plutôt le devenir-adulte qui est valorisé que l'être-jeune. Quant à la lyrique, pourtant largement tributaire des topiques d'Oc, elle ne donne aucun relief particulier à la jovence 1. Dans le Midi, la notion de « jeunesse » est prééminente. Au point que l'on serait tenté de réduire le public des troubadours au seul groupe des Joven. C'est particulièrement vrai dans les productions du vielh trobar : de la « fondation » (vers 1100) au milieu du XII e siècle. Non qu'il ne soit plus question de Joven chez les troubadours postérieurs, mais si le vocabulaire et les topiques demeurent, les valeurs ont été refondues du temps où le discours courtois se figeait en doxa. Passé le premier tiers du XIII e siècle, le cadre même de la cortezia-la vie de cour-fut mis à mal par la Couronne de France et la papauté (double croisade contre les Albigeois entre 1209 et 1229 ; écrasement de l'ultime révolte occitane en 1249). La Fin'Amors sera alors détournée vers un idéalisme mystique tendant à assimiler la Domna à la Vierge (Guiraut Riquier) ou-pire-se muera en un banal art de courtiser prénuptial (Breviari d'Amor).
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Patrice Uhl. L’exaltation de Joven dans l’ancienne lyrique d’Oc : le sobreplus romanesque (Flamenca). Travaux & documents, Université de La Réunion, Faculté des lettres et des sciences humaines, 2013, La question des générations dans les lettres et les arts, pp.9-25. ⟨hal-01913470⟩

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