Nerval et le ferouër, figure de l’inceste

Résumé : L’interdit occupe une grande place dans l’œuvre de Gérard de Nerval : celui portant en particulier sur l’accomplissement de son désir amoureux. Si, bien souvent, le fiasco sentimental du personnage nervalien relève d’une forme de fatum rationnellement inexplicable, parfois, l’une des motivations majeures présidant à l’interdit affleure : le danger d’inceste. Nul doute en effet qu’indépendamment de la complexité des intrigues mises en scène par exemple au sein du Voyage en Orient une relation puisse être établie entre désir incestueux coupable et châtiment de mort ou plutôt assassinat d’une violence extrême. On sait grâce à Freud que l’insertion symbolique dans la sphère sociale passe par le renoncement au désir incestueux primitif, lequel, refoulé, devient tabou. Songeons ainsi au meurtre symbolique du père de la horde primitive mis en scène dans Totem et Tabou, acte fondateur qui marque le renoncement à la possession des femmes de la même tribu, « grand événement par lequel la civilisation a débuté » selon les termes du fondateur de la psychanalyse. Or, chez notre auteur, le refoulement d’un tel désir n’est jamais définitif et l’attrait incestueux –à l’égard d’une sœur, d’une sainte, avatars déplacés de la Mère - représente à tout jamais l’aboutissement de la quête existentielle. L’interdit terrestre incapable d’abolir le désir de toute-puissance fixé au stade antérieur du narcissisme primaire n’est donc jamais que déplacé, dévié, ajourné. Si chez Nerval un acte expiatoire sanctionne sur terre le désir coupable, il n’est pas sans intérêt de nous pencher sur une figure symbolique qui interdit au je ou à l’un de ses avatars autofictionnels de profaner l’objet tabou : son double ou plus précisément son sosie. Etrangement, notre auteur dote cette instance d’une appellation empruntée à la langue pehlvi des anciens Perses, élisant le terme « ferouer ». Deux énigmes sont pour nous à relever : pourquoi, d’une part, notre auteur a-t-il choisi comme unique qualification susceptible de désigner son sosie un concept d’érudition appartenant à la religion mazdéenne ? Pourquoi, d’autre part, avoir modifié radicalement la polarisation axiologique d’un tel concept que l’exégèse occidentale moderne (connue par notre auteur) avait eu soin de rapprocher tantôt de l’ange gardien, tantôt de l’idéal platonicien ? Nous voudrions essayer de montrer en quoi le recours à l’interprétation psychanalytique est approprié afin de tenter d’approcher des motivations d’un tel choix et d’un tel traitement. Il s’agira en effet pour nous, en faisant dialoguer comparatisme religieux et psychanalyse freudienne, d’analyser de quelle manière Nerval, en ayant recours à l’espace symbolique d’un mazdéisme librement interprété, tente de transcrire la complexité de son espace psychique. La notion freudienne fondamentale d’ « inquiétante étrangeté » (das Unheimliche), zone de contact dialectique entre deux stades évolutifs et exclusifs du développement psychique, antagonisme entre fixation régressive au narcissisme primaire et idéal du moi rationnel et socialisé, nous paraît en effet l’une des clefs interprétatives permettant de rendre compte de cette figure originale et intrigante du double nervalien.
Type de document :
Communication dans un congrès
Le tabou, Sep 2016, Saint-Denis, La Réunion. 2016
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Soumis le : lundi 20 novembre 2017 - 15:06:09
Dernière modification le : mardi 21 novembre 2017 - 01:27:36

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Vincent Mugnier. Nerval et le ferouër, figure de l’inceste. Le tabou, Sep 2016, Saint-Denis, La Réunion. 2016. 〈hal-01639663〉

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