La formation des enseignants : entre savoirs et pratiques de terrain

Maryvette Balcou-Debussche 1 Frédéric Garan 2
1 ICARE - Institut Coopératif Austral de Recherche en Éducation
LCF - Langues, textes et communications dans les espaces créolophones et francophones
2 CRESOI - Centre de Recherche sur les Sociétés de l'Océan Indien
OIES - Océan Indien : Espaces et Sociétés
Résumé : Juin 2012... En ce début de deuxième mandat, le Président annonce une nouvelle étape de sa réforme de l’enseignement supérieur qui doit être votée début juillet en session spéciale du parlement. Les écoles vétérinaires vont être fermées. Elles coûtent trop cher et ne sont guère utiles. Les étudiants intègreront à l’université des masters généralistes de biologie, sans formation pratique spécifique. C’est à l’issue du concours qu’ils se formeront sur le tas. Le dit « concours » étant une « aberration » française qui n’existe nulle part ailleurs dans l’Union Européenne, il disparaîtra d’ici 2 ans. Les Préfets auront la charge de délivrer aux étudiants titulaires d’un master l’habilitation à l’exercice de la médecine vétérinaire. Les amis des animaux crient au scandale. Les journalistes multiplient reportages et articles. Interviewé par Jean-Pierre P. et Laurence F., l’acteur Jean-Paul B. apparaît en pleurs au journal de 20 heures : « qui va soigner Kiki ? ». Christine B. fonde « l’association pour la défense de la qualité des soins pour les chiwawas ». Forte de 500 000 membres dès le deuxième jour, elle entame le siège de l’Hôtel Matignon. L’association de « défense des meutes et de la chasse à courre » envahit les jardins de l’Elysée et reçoit le soutien des cavaliers de la garde républicaine. Apercevant le Président, elle lance le hallali. Le drame est évité par le passage inopiné d’un renard qui détourne la meute... A l’appel des amis des chiens, chats et autres nouveaux animaux de compagnie, les manifestations se multiplient. Sous la pression de la rue, le gouvernement démissionne et le président est contraint à l’exil, en Chine, seul pays prêt à l’accueillir à la demande de la corporation des cuisiniers spécialistes en ragoût de Saint Bernard. Suivant la volonté du peuple, le parlement fait l’éloge des écoles vétérinaires : la qualité de leur travail est justement réaffirmée, ainsi que la nécessité d’une formation pratique des vétérinaires. Un jeune député se risque alors à proposer le rétablissement de la formation pratique des enseignants, qui avait disparu dans l’indifférence générale deux ans plus tôt... Sommes-nous vraiment dans la politique fiction, à supposer que l’incertitude sur la santé de nos animaux de compagnie provoquerait plus d’émotion que l’avenir de nos enfants ? Force est de constater que la réforme dite de « mastérisation » se présente comme la chronique d’une catastrophe annoncée. Le problème n’est pas du tout la disparition des IUFM en tant qu’instituts autonomes, pas plus que leur intégration à l’université. La formation des enseignants peut se faire dans les universités, en gardant et même en améliorant ce qui se faisait dans les IUFM. Le problème vient de l’enfumage gouvernemental autour de cette réforme. Madame Valérie Pécresse met en avant que les futurs professeurs des écoles, comme les certifiés, auront maintenant un niveau bac +5. C’est «oublier» que c’est déjà le cas! La réforme impose également aux universités que les mêmes masters accueillent « étudiants chercheurs » et « étudiants concours ». À court terme, c’est le meilleur moyen de casser la recherche universitaire et de tuer en même temps le service public qu’est l’éducation nationale. On serait tenté de crier à l’incompétence, mais il semble que nous soyons plutôt face à plan idéologique subtilement préparé. Espérons simplement que les six mois à venir susciteront une prise de conscience et un intérêt tant médiatique que populaire permettant de revenir sur une base aussi simple que saine : « Enseigner est un métier qui s’apprend ! » Le dossier qui suit le rappelle autour de quelques points essentiels. Avant de laisser la parole à Maryvette Balcou-Debussche pour la présentation de ce numéro, je tiens à remercier Philippe Guillot et René Dubois qui, fidèles à Expressions, nous ont apporté une aide précieuse. Un prochain numéro va suivre avant la fin de l’année universitaire, sous la direction de Dominique Tournès. Consacré comme il s’entend aux mathématiques, il marquera à la fois les dix ans de l’IREM de La Réunion et l’évolution de cet institut vers une nouvelle structure alliant recherche action et recherche fondamentale. C’est ainsi que l’IREM sera géré par une équipe du Laboratoire d’informatique et de mathématiques de l’université, dénommée EREDIM (Équipe Réunionnaise d’Épistémologie et de Didactique de l’Informatique et des Mathématiques). Réunissant sept chercheurs travaillant sur des problématiques liées à l’enseignement des mathématiques et à l’utilisation des TICE, la nouvelle équipe servira notamment de support aux futurs masters habilités pour la formation des enseignants et aux doctorats qui s’ensuivront. Souhaitons simplement qu’il ne s’agira pas du dernier numéro d’Expressions, revue de l’IUFM, école interne de l’Université de La Réunion.
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Maryvette Balcou-Debussche, Frédéric Garan. La formation des enseignants : entre savoirs et pratiques de terrain. France. IUFM - Université de La Réunion, 2010, Revue Expressions. ⟨hal-01226683⟩

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